# Vivre l'apesanteur

voler en apesanteurIl faut oser… oser l'apesanteur en vol parabolique ! Alors, pendant un moment suffisamment long pour bien en imprégner à vie chacune de vos cellules, vous aurez connu un état véritablement extraterrestre.

Oui, il y a un moyen de vivre cette sensation (ou, devrais-je dire, cette absence de sensation) sans devoir prendre place dans une fusée à destination de l'espace extra-atmosphérique.

Il suffit de monter à bord de l'un de ces quelques avions de transport au monde spécialement aménagés pour ce genre de vol. Ceux qui en ont effectué un – et ils sont nombreux, puisque plusieurs dizaines de milliers de personnes l'ont déjà fait alors qu'à peine plus de cinq cents hommes et femmes à ce jour ont voyagé dans l'espace – s'en souviennent comme d'une expérience véritablement unique dans leur vie. Et tous ne rêvent que de la revivre.

On découvre tous l'apesanteur avec la même sensation étrange et inoubliable de légèreté, d'absence totale de poids. Son caractère ludique est incontournable. Elle catalyse l'imagination, car soudain toutes sortes de géométries du corps impensables sur Terre deviennent possibles. On ne peut s'empêcher d'en partager les émotions ressenties avec son entourage. On veut comprendre : comment peut-on échapper à la pesanteur sans quitter l'atmosphère ? C'est tellement contraire à l'expérience de la vie sur notre planète que le vol parabolique peut vous faire facilement croire que vous êtes devenu un extraterrestre, ou même un être dépourvu de corps.

Et pourtant, il est totalement sans danger, sans conséquence autre que celle d'avoir gravé en soi le souvenir de s'être échappé bizarrement de la gravité terrestre.

Vous pouvez le vivre sans aucune crainte. La part d'inconnu qui vous attend n'est que pure joie de la découverte.

Avec plus de 3 000 paraboles à mon actif, je vis personnellement chacune d'entre elles avec le même enchantement que la première, il y a plus de vingt-cinq ans. La transition entre l'excès de pesanteur nécessaire pour cabrer la trajectoire de l'avion vers le ciel et la disparition totale de sensation de poids reste pour moi un moment magique, incompréhensible par le corps, qui m'évoque systématiquement l'injection en orbite de la navette spatiale quand elle éteint ses moteurs de lancement.

Il n'y a pas un vol parabolique au cours duquel je ne trouve un moment pour m'asseoir au plafond et m'habituer à observer la cabine à l'envers. J'emporte toujours une balle de tennis pour la fascination qu'exerce son comportement en vol. Pendant la ressource initiale, la balle lancée vers le haut redescend si vite que l'on croit vivre un film en accéléré. Puis lors de la transition, le « film » passe au ralenti. En pesanteur nulle, je lâche la balle juste en écartant les doigts et elle reste immobile devant moi, comme un témoin pour me convaincre que je ne rêve pas.

Tous les gestes, même les plus simples, sont à réinventer. Il y aura un jour des olympiades en apesanteur.

Songez-y lors de votre prochain vol Air Zero G, et inventez la discipline dans laquelle vous excellerez. Vous serez étonné de constater combien l'être humain s'adapte facilement à cet environnement spatial. Vous comprendrez aussi le potentiel de découvertes offertes par la recherche en microgravité.

Jean-François Clervoy
Astronaute de l'ESA
Président de Novespace
Initiateur des vols paraboliques en Europe

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